SIR Alex a écrit:La saison 4 de Mafiosa commence lundi sur C+
Bande annonce
Mafiosa – La madonne des cercles de jeu
Fondée à l'origine sur un concept qui manquait trop de réalisme, Mafiosa a eu besoin de trois saisons pour accomplir son évolution (sa métamorphose) et trouver sa voix. La série semble y être enfin parvenue avec ce quatrième chapitre dont la diffusion commence à partir du lundi 19 mars sur Canal+. L'idée originale d'Hugues Pagan, auteur de plusieurs très bons romans policiers chez Rivages, n'était pas mauvaise en soi, elle était seulement trop en décalage avec la réalité et donc difficile à exploiter sur le long terme.
Placer une jeune femme inexpérimentée à la tête de la principale famille du milieu corse, cela ne marchait pas. Hélène Fillières semblait d'ailleurs avoir du mal à tenir son rôle, à imposer sa stature. L'une des idées d'Eric Rochant dans la saison 3 avait été de "protéger" son héroïne, de la mettre à l'abri de l'histoire et non plus au centre de celle-ci. Pour ce faire et avec la complicité de Pierre Leccia, il avait fait monter en grade les deux seconds rôles Tony (Eric Fraticelli) et Manu (Frédéric Graziani) qui occupaient une plus large place dans le scénario.
Cela avait en partie marché, mais la vraie trouvaille a finalement été de couper le cordon ombilical entre Sandra Paoli et la Corse, cette année. De l'éloigner de cette île et de l'implanter dans un monde beaucoup plus en accord avec le personnage: le choix s'est logiquement porté sur Paris. Une autre transformation qui peut paraître anodine mais qui ne l'est pas tant que cela a été de modifier son apparence: d'en finir avec les cheveux longs qui lui donnaient toujours l'air d'une petite fille grandie trop vite et de la coiffer à la garçonne, de suggérer qu'elle était une femme réellement dangereuse, qu'elle n'était pas seulement une héritière.
Cette métamorphose entamée dans la saison précédente trouve son achèvement dès le premier épisode. Leccia, co-scénariste avec Rochant et qui incarnait un "natio" dans le chapitre précédent, est resté derrière le clavier mais est passé également derrière la caméra. Ce changement fait opérer à la série la fin de sa transformation et lui confère une forme de maturité prometteuse pour l'avenir.
Le ton est volontairement plus brutal. Le rythme plus soutenu. La manière de filmer est moins "léchée" mais plus directe, plus proche des personnages, plus serrée pour créer une atmosphère toute en tension. Surtout, Leccia et Rochant ont imposé dans le scénario une chose essentielle qui est trop souvent ignorée ou incomprise dans la fiction française: ils font parler leurs personnages seulement quand cela est nécessaire. Les dialogues obéissent à une économie et les images se chargent de raconter le reste. En acceptant de laisser libre sa caméra, Leccia maîtrise beaucoup mieux son atmosphère et colle au plus près du caractère de ses personnages qui, par nature, ne sont pas des bavards.
Une tension intense traverse les huit épisodes avec plusieurs scènes violentes parfaitement exécutées dont l'une rappelle celle que l'on a pu voir dans un récent long métrage à succès qui faisait la part belle au néo-polar des années 80. Je vous laisse deviner.
L'autre évolution salutaire a été de replacer les flics au centre du jeu, de leur donner toute la place qu'ils méritaient finalement dans une fiction de ce genre. Ils étaient un peu trop absents dans les étapes précédentes centrées principalement sur la rivalité familiale, sur le clan et sur les milieux corses. Cette fois, ils sont présents et ils sont crédibles. On suit leur enquête qui soutient et accompagne le récit principal.
Ce dernier s'articule autour des cercles de jeu parisiens. Leccia n'a pas fait dans le très original ou l'exotique, il s'est appuyé sur une réalité, il a exploré un milieu à l'ancienne dont l'activité se fonde sur les clubs, les boîtes de nuit, et les établissements dans lesquels circulent de l'argent liquide. Les bons vieux billets de toutes les couleurs demeurent une valeur fiable à l'heure où l'argent est totalement dématérialisé et transite d'abord par des comptes en ligne. On est avec des voyous "old school" et cela fait du bien. Même s'ils ont l'air de dinosaures, ils n'ont pas encore totalement disparu de la planète du crime organisé et ils méritaient bien qu'on reparle d'eux.
Enfin, cela parle corse dans les dialogues, avec des sous-titres. Et pour ne rien gâter, le générique et la bande-son originale que l'on doit à Pierre Gambini sont absolument excellent. Un fond sonore de mélodies de chants traditionnels remixées sur des accords électro pop. On y est.
Les huit épisodes de cette saison 4 seront diffusés à raison de deux par soirée pendant quatre semaines à compter de lundi prochain.
Source: le monde des series